Interview d’Alain Léonard de LAWA

Une interview d’Alain Léonard, membre fondateur de ON/OFF Corp. et membre actif de LAWA.

ONE : Bonjour Alain. Peux-tu te présenter en quelques phrase ?

AL1 : 4 ans d’école d’orgue, 6 ans de conservatoire jazz à Vienne, 40 ans sur scène et à la régie. Compositeur, arrangeur, ingé son à force d’expérience ! Toujours motivé ! Ayatollah dans le style musical. Mes machines sont mes armes, mes neffes spatiales… Il faudrait demander aux gens l’impact que je leur ai laissé, ce serait plus juste, plus modeste, et moins prétentieux.

ONE : Je peux te dire que tu as eu beaucoup d’influences sur moi. Certains titres de O.H.F seraient moins bien sans tes conseils. Tu m’as trouvé des concerts à Vienne en 96. Je me sers encore des vidéos que tu as tournées cet été 1996 ! Et surtout, tu m’as décidé à acheter une MPC ONE !!!! Et tu m’as fait découvrir l’album Outside de Bowie qui va bien influencer certains de mes prochains morceaux ! Mais assez parlé de moi. Parle-nous des différents groupes dont tu as fait partie avant LAWA !

AL1 :

Merci, c’est trop d’honneur. Ça me fait plaisir.

Je ne sais pas si on peut avoir de l’influence sur quelqu’un si cette personne ne veut pas être influencée. 

Mais, sache que tes compositions avec ONE, ont influencé ma façon de percevoir et de restituer la musique. Jusque dans 1 ou 2 titres avec ON/ OFF. C’est pour ça que j’écoute que de la musique soigneusement sélectionnée, mon côté Ayatollah. Mais assez parlé de toi, parlons de moi.

Les groupes dans lesquels j’ai joué… 

SKUNKX, DAME DE PIQUE, AFFRES ADEPT, SYRTIS MAJOR, FLEOXYDE, ON OFF, ERIKAROL, A WEDDING ANNIVERSARY, SPINE, LAWA. Pour des périodes décisives plus ou moins longues. ON/OFF (1989-2014) et LAWA (1997-13088) ont été les plus durables. Et les plus glorieux !!!

ONE : Peux-tu nous en dire un peu plus sur ON/OFF ?

Vers la fin des années 80, je suis entré en possession de mon premier sampler eps 16 ENSONIQ. Une bombe absolument pas ergonomique avec des sous sous sous menus inaccessibles en live. A l’époque je jouais et faisais la promotion de AFFRES ADEPT/ SYRTIS MAJOR, et c’est pour me perfectionner dans l’utilisation de l’EPS que, avec mon frère, Christophe LEONARD, alias ON, nous avons monté ON/OFF. J’étais  »OFF ».

Notre premier concert avec environ 200 personnes, le 2eme idem, le 3eme, un tremplin rock à MOUY dans l’Oise avec près de 1000 personnes. On a eu le 3eme prix avec mention spéciale de la SACEM pour notre originalité et un commentaire du journaliste de Fr3  » si seulement originalité pour rimer avec musicalité  ». Le ton était donné. On n’avait que 7 morceaux. On faisait 2 fois le même concert avec les rappels. On ne se rendait pas compte que ça marchait. Les guitares dissonantes de ON, ma voix noyée sous des pitch shifter dans des chorus et autres delays, le tout supporté par du sampler gras toujours à la limite du bruit. Influencé par GODFLESH, MINISTRY, KILLING JOKE, il n’y avait pratiquement aucune influence électronique dans les groupes que j’écoutais. Avant toute chose, on s’amusait. On a fait jusqu’à 4 concerts par week-end, on répétait pendant les sound checks pendant les balances. Les 2 premières productions cassettes NOISE REDUCTION et NORMALE POSITION se sont vendues rapidement, 2 fois 300 exemplaires… La mairie de la ville de Clermont de l’Oise nous a obtenu un bureau et une permanence avec ligne téléphonique, tampon postal et frigo plein, les samedis matin. Puis on a été rejoint par POWER, il pouvait chanter tous les morceaux 1 ou 2 octaves au-dessus. Et la pression est arrivée, les concerts de plus en plus fréquents et devant un public plus nombreux et plus exigeant ont eu raison de ON/OFF en France.

Entre temps, A WEDDING ANNIVERSARY, m’a proposé d’aller enregistrer un album avec eux en Autriche, tout payé pendant 2 mois. Et en même temps, TREPONEM PAL m’invite à une répète à Paris, en vue d’enregistrer un album aux States. En l’espace de 3 jours, 2 invitations à quitter la France… J’ai choisi l’Autriche, je ne suis pas très pro américain avec la bible dans la table de nuit et leur politique du  »Nous sommes les meilleurs »… Et puis j’ai tout fait pour quitter la France définitivement qui s’écoulait déjà culturellement… Grace à la notoriété de A W A, j’ai rencontré M. Stench, Alex WANK, le batteur de PUNGENT STENCH et JOE LE FOU, qui deviendra le nouveau guitariste de ON/OFF. Et je suis resté en Autriche. Quand j’y repense, la vie était 2 fois moins chère qu’en France, et 4 fois moins à Bratislava, à 60km de Vienne. En 1996, ON/OFF produit son 1cd  »ROUGE ». 13 personnes y ont participé. S’en est suivi une tournée avec CONTROLLED BLEEDING et quelques performances improvisées avec Chris MORIARTY de SKIN CHAMBER, que je ne connaissais pas. Honte à moi ! En 1998, Alex WANK me propose de produire 2 morceaux sur  »A SYMPHONIE OF FEARS » 1999 (USA). Et c’est ainsi que LAWA fut créé. Puis ON/OFF reprend de l’altitude, c’est ma fixation, des danseurs, des vidéastes, des musiciens se greffent autour de l’ASR 10, toujours ENSONIQ, que je pilote à l’aide de JO LE FOU, guitariste, et de CASE, mon serbe rasé de 120kg puis 80 kg. 2 autres cd sortiront  »DECREASE 2008 et POURRIR 2013 »… L’USINE à Genève a subventionné une partie de la prod du cd DECREASE, à condition de transformer ON/OFF en  »THE ON/OFF CORPORATION ». Finalement, après notre 2eme EXIT FESTIVAL à NOVI SAD en SERBIE, pays d’origine du dernier choriste programmateur, je me suis fait opérer des cordes vocales, carrière de  »chanteur » terminée.

THE ON/OFF CORPORATION – L’OVOID

ON/OFF (CORPORATION) a été une sacrée aventure émotionnelle, relationnelle, et parfois inquiétante. On atteint ses limites, on explose celles des proches sans le vouloir… Je ne mettais jamais la pression pour les répétitions, mais ceux qui restaient devaient tout donner, et ils donnaient tout ! Merci. Parfois ils disparaissaient pour toujours. En 1998 quand j’ai demandé à Jo Le Fou devenir en tournée après l’avoir plaqué brutalement sur le billard dans son propre café, CAFE JETZT, il m’a répondu  » ON/OFF doit être parfait ou ne doit pas être  ». Et il n’est pas venu avec nous.

Pendant les concerts un peu chauds, je veux dire, avec des skinheads dans les premiers rangs, ou des gens qui s’attendaient à voir un groupe complet style batterie/basse/guitare, et qui hurlaient que ce n’était pas de la musique parce qu’il n’y avait pas de batteur, ou qui appelaient le groupe qui jouait après nous, ça m’est arrivé plusieurs fois d’arrêter le concert, de faire monter la personne sur scène et de discuter de sa vision de la zic… Ça c’est presque toujours bien fini… J’ai toujours aimé aller au contact. Une fois j’ai sauté dans le public, la scène était haute et je me suis broyé le nez, c’était un beau jeu de scène… Quand je pense su on a tiré dans le public avec des colts 36, 44, 10 mm, avec des bourres en coton quand même… Je me souviens aussi d’un concert à EKH à Vienne, je suis descendu de scène pour aller baisser le master de la sono… Même pour moi, qui mesure la puissance de ma musique sur l’échelle de Richter, c’était trop. Tandis qu’en France, il y avait des limiteurs de volume dans les salles de concerts… On a fait une fois un concert avec des limiteurs en Autriche. A vomir, on a donc déplacé et tourné les moniteurs vers le public après avoir monté le volume à fond et on a joué dans la fosse. Un moniteur a pris feu ce soir-là. Et je n’ai pas parlé de tous ces artistes qu’on rencontre, des groupes qu »on respecte quand on a 17 ans, et avec qui on se retrouve sur scène… C’est génial ! Un autre souvenir ? À l’EXIT FESTIVAL, en Serbie, dans la zone des backstages, il y avait des tentes pour Arkonna, et Slayer, et je dis à l’organisateur que j’en voudrais bien une aussi, mais en blaguant. Le lendemain, la tente ON/OFF culminait au milieu des autres. J’étais fier. J’avais aussi eu les torchères dont j’avais rêvé. MERCI NOVI SAD, bombardée par les américains pendant la guerre de Yougoslavie Le respect des zikos, ce n’est pas partout qu’on voit ça !

ONE : Eh bien, quelle aventure !

Peux-tu nous en dire plus sur LAWA ?

AL1 : oui !

ONE : Super !

Merci. J’en suis ravi !!!!

ONE : J’ose à peine te demander de le faire !

AL1 : LAWA
Leonard Alain Wank Alex
Vers 1996, à Vienne, je rencontre M. Stench, alias Alex Wank et batteur de PUNGENT STENCH, il participe à ON/OFF pour le CD  »ROUGE », ma première vraie production. Après quelques concerts musclés, on décide de creuser dans le dur avec un autre groupe vraiment vraiment brutal  »SPINE ». Je me souviens d’un concert où l’ingé son, Grégore (surnommé oreille de béton) avait balancé le pitch shifter -3, -5, prévu pour la voix, sur le master général. Toute la musique était vomie par la sono à un niveau monstrueusement puissant… Seul GODFLESH, dont je suis fan, nous égalait. Alex me propose de sortir 2 titres sur une compil aux states, dédiée à LUCIO FULCI. Juste lui et moi. J’accepte, pourquoi pas. Le style nécessairement épuré me contraint à faire des concessions, et à décrypter des mélodies tordues de Walter Rizzati et de Fabio Rizzi, un travail nouveau et extrêmement exigeant, précis qui me convient. Résultat Alex et moi sommes le seul groupe à avoir produit 2 titres sur la compilation  »A SYMPHONIE OF FEAR » double CD USA 1998. Nous n’avions de noms que les nôtres. Alors Alex fonde le label CINEPLOIT et les 2 titres sont produits à 350 exemplaires en 2012 sur vinyl. LAWA est né, sans le savoir ! Étonnement chaque répétition se passe dans une symbiose totale, je veux dire que nous communiquons par nos instruments. Que ce soit pour la mise en place de concerts, de performances, ou pour créer de nouveaux titres, jamais la moindre embrouille depuis 1996. Pour les 2 derniers albums, il n’y a pratiquement pas eu de retouches, le premier jet était souvent le bon, d’où un énorme gain de temps dans la prod, et on n’est pas homo.

Le travail fournit a été gigantesque avec énormément de respect pour la finesse de la créativité de l’autre, de l’enregistrement au mixage jusqu’au master. L’avantage d’avoir un label n’est pas négligeable, car pour la première fois, je n’ai qu’a m’occuper de la composition musicale. Finies les mises en page de maquettes de pochettes, les textes à corriger, la promotion, le pressage, CINEPLOIT s’en charge. Quant à l’avenir de LAWA, Inch’Allah ou no future. C’est mieux de ne pas poser les questions auxquelles on ne sait pas répondre.

ONE : Avec LAWA, vous ne faites que des reprises de musique de films d’horreur ?

AL1 : Depuis mes débuts, j’ai toujours cherché à faire du dark. Quand je trouve un trou dans une cave sombre, je creuse. C’est comme ça que Alex m a appâté. Lui aussi vient du côté obscur avec PUNGENT STENCH. Il a été facile de me convaincre avec QUELLA VILLA et VERSO L IGNOTO composé RIZ ORTOLANI pour les films d’horreur de LUCIO FULCI et FABIO RIZZI. Puis Alex m’a proposé de ré arranger d’autres morceaux, de REVAUX, MORICONNE. Sans savoir de quels films la musique venait, sans connaître les scénarios ni les compositeurs, j’ai relevé le défi. Certains titres sont très fidèles, comme E TANTA PAURA, notre version a été utilisée sur une ré édition du film en DVD, et d’autres tellement éloignés qu’ils relèvent plus d’une composition personnelle comme  »PARALLAX VIEW » que je recommande. Dans les 2 cas le travail est difficile car déchiffrer REVOLVER de MORICONNE avec des sections cuivre, violons, percussions et orgues, est aussi délicat que de restituer une atmosphère comme L’ARBALÈTE de REVAUX. Pour être tout à fait honnête, je ne prends pas le temps de m’intéresser à chaque fois au compositeur ou au réalisateur ou même au film lui-même. Je compose, et décompose. C’est Alex qui me donne du CANNIBAL HOLOCAUST et de L’ALPAGUEUR à remixer.

ONE : Donc, pour LAWA, tu fais donc un travail de musicien uniquement. Comment sais-tu que ta version d’un morceau est finie ?

AL1 : Ah! Bonne question !

Oui et je représente le plus cinglé des 2. Mais ce n’est pas la réalité… Quoique…
Ta question, je l’ai posée sous une autre forme à un prof du conservatoire de jazz à Vienne. On devait apprendre des standards pour les jouer en groupe et je lui ai demandé :  »À quel moment est-ce qu’on connait un morceau? ». Sa réponse ne m’a pas marqué, et je l’ai oubliée… Donc je bidouille les morceaux jusqu’au master que j’envoie à la prod. Mais si tu veux parler de la composition d’une reprise comme UN HOMME EST MORT de Michel LEGRAND, quand j’arrive à la même structure avec tous les éléments repris de l’original et qui sont audibles en essayant de respecter l’esprit du compositeur et le jeu des interprètes, car tout est programmé, rejoué, plus ou moins bien, plus ou moins fidèlement, quand je suis satisfait, on écoute, on corrige avec Alex, et je retourne dans mon studio avec son travail et les modifications pour les retouches finales. Parfois je m’éloigne tellement de l’original que je balance tout. C’est vraiment excitant de reconstruire une oeuvre. Parfois, il y a le doute, comme pour LA BIMBA DEL SATANI de Nino CASTANESE, la bande son originale n’était bonne et les sons des instruments utilisés avaient vraiment beaucoup de caractère. J’ai décidé de combiner 2 titres du film en 1 seul, le problème c’est que les sons étaient extrêmement différents. En plus Alex voulait rajouter des toms apocalyptiques et une caisse claire funèbre sur la première partie, et une batterie complète, mais pas des rythmes, de longues phrases librement jouées et ressenties. Un casse-tête à mixer, des sons à reconstituer, vraiment très difficile. J’ai douté… J’ai eu tort.

ONE : Quel est le rôle de chacun plus précisément dans la réalisation des morceaux ?

AL1 : Quand il s’agit d’une reprise, Alex choisit les morceaux, et en fonction de ma réinterprétation, on garde ou on jette… on jette peu… mais on a nos favoris (REVOLVER, génial à jouer en live). Une fois que les synthés sont en place, Alex enregistre les batteries, plusieurs pistes, beaucoup de pistes parfois, corrige les structures. Puis au mixage, je fais en sorte qu’on entende absolument TOUTES les subtilités. TOUT doit y être. Pour les compos personnelles, il y a plus un travail commun, je prépare les sons, et on essaie en répète, et on rajoute et on enlève, on fait comme tous les zikos. Perso, j’ai tendance à en mettre toujours plus… Alex n’est pas mal non plus, voir PARALLAX VIEW, la partie batterie est particulièrement touffue à la fin. Ça me rappelle une copine

Puis il y le moment où j’entre en possessions de tout le matériel audio synthés batteries voix effets. Je commence le mix et parfois, surprise, Alex n’est pas sur le premier tact, en fait c’est ce qu’il veut, bien sûr, mais je dois ingérer son concept pour le restituer. Parfois je dissèque chaque kick pour les mettre en place sur 1 quart de mesure. C’est plusieurs heures de boulot parfois. Puis je reçois un message toujours sympa genre :  »Putain, Bordel, il est où le master ? Il faut 3 mois pour que le disque soit pressé, la pochette est déjà faite, il faut les timings Alain…. Qu’est-ce que tu fous ? » Le temps du transfert avec les timings.
Alors viens le temps de l’écoute autour d’un verre de vin et d’un cigare. Parfois un instrument a disparu, et je recommence le mixage… Je prends entre 4 heures et 2 jours pour mixer 1 morceau. Et souvent bien plus pour composer. Je ne sais pas si j’ai bien répondu à ta question…

ONE : Tu as un peu débordé, mais c’est intéressant !

Quel est le morceau de Lawa dont tu es le plus fier ?

AL1 :  »fier », ce n’est peut-être pas le mot exact, mais je vois ce que tu veux dire. REVOLVER de MORICONNE m’a donné énormément de fils à retordre, d’ailleurs ce n’étaient pas des fils, c’était des câbles ! Et PARALLAX VIEW, le feedback vers la fin, j’adore ! Avec ON OFF je n’écoutais pas souvent mes disques, voire pas du tout. Mais avec LAWA c’est différent et pendant mes fréquents déplacements, j’admets m’en envoyer régulièrement quelques doses.

ONE : Quels titres recommandes-tu pour découvrir la richesse le LAWA ?

AL1 : CANNIBAL HOLOCAUST, pour les fans. Difficile à jouer en Live. PARALLAX VIEW avec les batteries dans tous les sens et le larsen à la fin, subtil et bourrin, GRAVE, DEVILS, dark dark, IN CASE OFF qui aurait dû être le dernier morceau de ON OFF Corp., INHUMATION et YAOGOAI, car je ne sais pas dans quelle catégorie les ranger, ils sont plus soft et très particuliers.

LAWA (Alain Leonard + Alex Wank) – So Soft (Cine 28) feat. @pandoranox5270

ONE : Le mot de la fin !

AL1 : GrraAarrg !

ONE : Et maintenant les liens pour écouter et acheter pour supporter si vous le souhaitez.

https://onoffcorporation.bandcamp.com

https://cineploit.bandcamp.com/

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